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 La Fontaine

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مُساهمةموضوع: La Fontaine   الأربعاء 23 يوليو - 17:23:48



Les Rieurs du Beau-Richard






PERSONNAGES






LE SAVETIER

LA FEMME DU SAVETIER;

UN MARCHAND

DE BLE;

UN NOTAIRE;

UN MEUNIER ET SON ANE;

DEUX CRIBLEURS.




LA SCENE EST A CHATEAU-THIERRY SUR LA PLACE DU MARCHE.




PROLOGUE




UN DES RIEURS parle.




Le Beau-Richard tient ses grands jours

Et va retablir son empire.

L'année est fertile en bons tours;

Jeunes gens, apprenez à rire.




Tout devient risible ici-bas,

Ce n'est que farce et comédie;

On ne peut quasi faire un pas,

Ni tourner le pied qu'on n'en rie.




Qui ne rirait des précieux?

Qui ne rirait de ces coquettes

En qui tout est mystérieux,

Et qui font tant les Guillemettes?




Elles parlent d'un certain ton

Elles ont un certain langage

Dont aurait ri l'aîné Caton,

Lui qui passait pour homme sage.




D'elles pourtant il ne s'agit

En la présente comédie


Un bon bourgeois s'y radoucit

Pour une femme assez jolie.




« Faites-moi votre favori

Lui dit-il, et laissez-moi faire. »

La femme en parle à son mari

Qui répond, songeant a l'affaire





« Ma femme, il vous faut l'abuser,

Car c'est un homme un peu crédule,

Sous l’espérance d'un baiser,

Faites-lui rendre ma cédule.




« Déchirez-la de bout en bout

Car la somme en est assez grande

Toussez après; ce n'est pas-tout


Toussez si haut qu'on vous entende.




« Il ne faut pas tarder beaucoup

De peur qu'il n'arrive fortune.

Toussez, toussez encore un coup,

Et toussez plutôt deux fois qu’une. »




Ainsi fut dit, ainsi fut fait.

En certain coin l’époux demeure,

Le galant vient frisque et de hait ,

La dame tousse à temps et heure.




Le mari sort diligemment,

Le galant songe à s'aller pendre ;

Mais il y songe seulement


Pour cela n'est-il à reprendre.




Tous les galants craignent la toux,

Elle a souvent trouble la fête.

Nous parlons aussi comme l’époux,

Autant nous en pend sur la tête.




Le théâtre représente la place du Marché de Château-Thierry. On y distingue, sur le devant, la boutique d'un savetier, peu éloignée du comptoir d'un Marchand de blé.




PREMIERE ENTREE




UN MARCHAND, ayant devant lui, sur son comptoir, des sacs de blé.

J'ai de l'argent, j'ai du bonheur,

Aux mieux fournis je fais la nique;

Et si j'avais un petit coeur,

J'aurais de tout dans ma boutique.




SECONDE ENTREE




Le Marchand, deux Cribleurs.




LES DEUX CRIBLEURS

Monsieur, si vous avez du blé

Ou quelque ordure se rencontre,

Nous vous l'aurons bientôt criblé.




LE MARCHAND

Tenez, en voici de la montre .




LES CRIBLEURS

Six coups de crible, assurez-vous

Que la moindre ordure s'emporte;

Rien ne reste à faire après nous,

Tant nous criblons de bonne sorte.




Les Cribleurs s'en vont.




TROISIEME ENTREE




Le Marchand, un Savetier.




LE SAVETIER, sortant de sa boutique, et s'adressant au Marchand.

Bonjour, Monsieur.




LE MARCHAND

Comment vous va ?

Le ménage est-il à son aise?




LE SAVETIER

Las! nous vivons cahin-caha,

Etant sans blé, ne vous déplaise.

A présent on ne gagne rien;

Cependant il faut que l'on vive.




LE MARCHAND

Je fais crédit aux gens de bien,

Mais je veux qu'un notaire écrive.

Voyez ce blé.


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مُساهمةموضوع: رد: La Fontaine   الأربعاء 23 يوليو - 17:25:57



TROISIEME ENTREE



Le Marchand, un Savetier.



LE SAVETIER, sortant de sa boutique, et s'adressant au Marchand.
Bonjour, Monsieur.



LE MARCHAND
Comment vous va ?
Le ménage est-il à son aise?



LE SAVETIER
Las! nous vivons cahin-caha,
Etant sans blé, ne vous déplaise.
A présent on ne gagne rien;
Cependant il faut que l'on vive.



LE MARCHAND
Je fais crédit aux gens de bien,
Mais je veux qu'un notaire écrive.
Voyez ce blé.



LE SAVETIER
II est bien gris.



LE MARCHAND
Cette montre est beaucoup plus nette.



LE SAVETIER
Voici mon fait , dites le prix.



LE MARCHAND
Quarante écus.



LE SAVETIER
C'est chose faite
Mine dans muid.



LE MARCHAND
C'est un peu fort,
Mettez pourtant la montre en poche.



LE SAVETIER
Faut six setiers.



LE MARCHAND
J'en suis d'accord.
Le notaire est ici tout proche.



Le Savetier sort pour aller quérir un Notaire.



QUATRIEME ENTREE



Le Marchand, un Notaire; le Savetier, vers la fin.



LE NOTAIRE
Avec moi l'on ne craint jamais
Les et caetera de notaire;
Tous mes contrats sont fort bien faits
Quand l'avocat me les fait faire.



Il ne faut point recommencer;
C'est un grand cas quand on m'affine
Et Sarasin m'a fait passer
Un bail d'amour à Socratine .



Mieux que pas un, sans contredit
Je règle une affaire importante.
Je signerai, ce m'a-t-on dit,
Le mariage de l'Infante.



Tandis que le Notaire danse encore, le Savetier entre sur la fin, et dit au Notaire, en montrant le Marchand




LE SAVETIER
Je dois à Monsieur que voilà
Et c'est un mot qu'il en faut faire.



LE NOTAIRE, écrivant.
Par-devant les..., et cætera...
C'est notre style de notaire.



LE MARCHAND, au Notaire.
Mettez pour six setiers de blé.
Mine dans muid.



LE NOTAIRE
Quelle est la somme?



LE MARCHAND
Quarante écus.



LE NOTAIRE
C'est bon marché.



LE SAVETIER
C'est que Monsieur est honnête homme.



LE NOTAIRE
Payable quand?



LE MARCHAND
A la Saint-Jean.



LE SAVETIER
Jean ne me plaît.



LE MARCHAND
Que vous importe?
Craignez-vous de voir un sergent
Le lendemain à votre porte?



LE SAVETIER
A la Saint-Nicolas est bon.



LE MARCHAND
Jean... Nicolas... rien ne m'arrête.



LE NOTAIRE
C'est d'hiver?



SAVETIER
Oui.



LE NOTAIRE
Signez-vous ?



LE SAVETIER
Non.



LE NOTAIRE
A déclaré... La chose est faite.
Le Notaire présente l'obligation étiquetée au Marchand,et dit

Tenez.



LE MARCHAND, donnant une pièce de quinze sous au notaire.
Tenez.



LE NOTAIRE
Il ne faut rien.



LE MARCHAND
Cela n'est pas juste, beau sire.



LE SAVETIER
Monsieur, je le paierai fort bien
En retirant...



LE NOTAIRE
C’est assez dire.



Le Notaire et le Savetier sortent. Le Marchand reste dans sa boutique.



CINQUIEME ENTREE



Un Meunier, et son Ane.



LE MEUNIER
Celui-là ment bien par ses dents,
Qui nous fait larrons comme diables

Diables sont noirs, meuniers sont blancs.
Mais tous les deux sont misérables.



Le meunier semble un Jodelet
Farine d’étrange manière;
Le diable garde le mulet,
Tandis qu'on baise la meunière.



Ai-je un mulet, il est quinteux;
Et je ne suis pas mieux en mule;
Si j'ai quelque âne, il est boiteux,
Au lieu d'avancer il recule.



Celui-ci marche a pas comptés;
On le prendrait pour un chanoine.
Allons donc, mon âne.



L'ANE
Attendez.
Je n'ai pas mangé mon avoine.



LE MEUNIER
Vous mangerez tout votre soûl.



L'ANE, sentant une ânesse.
Hin-han, hin-han.



LE MEUNIER
Que veut-il dire?
Hé quoi! mon âne, êtes-vous fou?
Vous brayez quand vous voulez rire!



Le Marchand fait délivrer du blé au Meunier: Celui-ci le paye, et tous deux sortent avec l’âne porteur des sacs de blé.



SIXIEME ENTREE



La Femme du Savetier
entre d'abord seule, et ensuite
le Marchand de blé.



LA FEMME
Que mon mari fait l'assoté!
Il ne m'appelle que son âme;
Si j'étais homme, en vérité,
Je n'aimerais pas tant ma femme.



Sur la fin du couplet de la Femme,le Marchand de blé entre, et dit à part en regardant la boutique du Savetier.



LE MARCHAND
Ce logis m’est hypothéqué;
L'homme me doit, la femme est belle,
Nous ferions bien quelque marché,
Non lui et moi, mais moi et elle.



Il s'adresse à la Femme.
Vous me devez, mais, entre nous,
Si vous vouliez... bien à votre aise



LA FEMME
Monsieur, pour qui me prenez-vous ?
Voyez un peu -frère Nicaise!



LE MARCHAND
Accordez-moi quelque faveur.



LA FEMME
Pourquoi cela?



LE MARCHAND
Pourquoi? Et pour ce
Que je suis votre serviteur...
Et que j'ai de l'argent en bourse.



LA FEMME
Je n'ai souci de votre argent.



LE MARCHAND
Pour faire court, en trois paroles,
La courtoisie ou le sergent,
Ou bien payez-moi six pistoles!



LA FEMME
Je suis pauvre, mais j'ai du cœur

Plutôt que mes meubles l'on crie,
Comme j'ai soin de notre honneur,
Je ferai tout.



Le Marchand entre dans la boutique du Savetier.



LE MARCHAND
Ma douce amie
On doit apporter du vin frais,
Quelque régal il nous faut faire.



SEPTIEME ENTREE



La Femme et le Marchand tous deux dans la boutique, et un Pâtissier qui apporte la collation.



LE PATISSIER
Monsieur un tel se met en frais...



Il aperçoit le Marchand qui caresse la Femme du Savetier et dit à part

Oh! oh! voici bien autre affaire;
Mais ne faisons semblant de rien...



Il s'adresse au Marchand et à la Femme.
Bonjour, Monsieur; bonjour, Madame.



LE MARCHAND
Tous tes dauphins ne valent rien.



LE PATISSIER
En voici de bons, sur mon âme.
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مُساهمةموضوع: رد: La Fontaine   الأربعاء 23 يوليو - 17:26:52

LE MARCHAND
Mets sur ton livre, pâtissier.
Je n'ai pas un sou de monnoie.
Pâtissier sort, et le Marchand buvant à la santé de la Femme, dit .
A vous!



LA FEMME
A vous!... Mais le papier?



LE MARCHAND, montrant le papier qui contient l'obligation que le Savetier a souscrite à son profit.
Le voilà.



LA FEMME
Donnez, que je voie ;
Donnez, donnez, mon cher Monsieur!



LE MARCHAND
Quelque sot! Ardez c'est mon voire.



LA FEMME
Je suis vraiment femme d'honneur ;
Quand j'ai juré, l'on me peut croire
Déchirez.



LE MARCHAND, déchirant un petit coin de l'obligation.
Crac...



LA FEMME .
Déchirez donc
Vous n'en déchirez que partie.



LE MARCHAND, déchirant le papier en entier
Il est déchiré tout du long.



LA FEMME, toussant.
Hem !



LE MARCHAND
Qu'avez-vous, ma douce amie?



LA FEMME, toussant encore un coup.
C'est le rhume. Hem !



LE MARCHAND
Foin de la toux!
Assurément, ce sont défaites.



HUITIEME ENTREE



LE SAVETIER, accourant en diligence au signal, et disant d'un air railleur et courroucé.
Ah! Monsieur, quoi! vous voir chez nous?
C'est trop d'honneur que vous nous faites.



LE MARCHAND, se levant.
Argent ! argent !



LE SAVETIER, d'un air menaçant et cherchant à prendre l'obligation que le Marchand tient a la main.
Papier ! papier !



LE MARCHAND, effrayé.
Si je m'oblige à vous le rendre...



LE SAVETIER, s’avançant furieux sur le Marchand.
Ce n'est rien fait: point de quartier!
Je ne me laisse point surprendre.



Le Marchand remet le papier au Savetier, et sort de sa boutique et du théâtre. Le Savetier et sa femme éclatent de rire. L'on danse
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